Jusqu’au milieu du 19ème siècle, l’Arve était le principal mode de transport du bois, de marchandises et autres matériaux. Longtemps malmenée par la pollution, elle se refait aujourd’hui une santé et redore son image grâce au contrat de rivière Arve et à l’aménagement d’un chemin permettant de suivre son cours.

L’Arve, une rivière capricieuse

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Contamine-sur-Arve et l’Arve, vue aérienne depuis le nord.

© Mairie de Contamine-sur-Arve.

 

 

 

 

 

Principal cours d’eau de la Haute-Savoie, la rivière Arve prend sa source sur le versant français du col de Balme dans le massif du Mont-Blanc à 2191 m d’altitude. Elle rejoint le Rhône au lieu-dit La Jonction à Genève 107 km plus loin (98 km en France, 9 km en Suisse) à l’altitude de 370 m. Son bassin versant, une zone dont l’altitude varie entre 330 m et 4805 m, s’étend sur un peu plus de 2000 km2 du Mont-Blanc au Léman. Elle reçoit près de 440 torrents et rivières. Dans le secteur de Contamine-sur-Arve, les affluents les plus importants sont à l’amont le Giffre et le Borne, et à l’aval la Menoge.

 

Portrait de la rivière Arve

 

La vallée de l’Arve a été creusée et façonnée par les glaciers qui se sont succédé au cours du Pléistocène entre environ 2,5 millions d’années et 12 000 ans.

Les glaciers, dont l’érosion a été contrainte par la géologie et la tectonique des terrains traversés, ont dessiné une géomorphologie avec verrous et ombilics. On distingue de l’amont à l’aval : l’ombilic de Chamonix aux Houches, le verrou des Gurres entre Les Houches et Chedde, l’ombilic du Fayet à Sallanches, le verrou-défilé de Magland à Cluses, l’ombilic de Bonneville entre Cluses à l’amont et le verrou du Salève à l’aval.

Le régime hydrologique actuel de l’Arve est de plus en plus complexe d’amont en aval. Torrentiel en amont du verrou des Gures, pluvio-nival entre Le Fayet et Bonneville, il devient assez compliqué dans la basse vallée avec des variations liées aux influences du bassin versant. Et les crues peuvent alors survenir en toute saison.

Initialement à partir du bassin Le Fayet-Sallanches, c’est une rivière en tresses : un lit très large de plusieurs centaines de mètres et composé de chenaux et de bancs multiples très mobiles, remaniés au cours des crues. L’endiguement et des travaux d’aménagement ont considérablement réduit ces espaces de liberté du cours d’eau. Contamine-sur-Arve est l’un des rares tronçons qui possède encore ces caractéristiques de lit en tresses.

 

L’Arve « dépotoir »

 

Autrefois, les ordures et eaux usées se retrouvaient dans l’Arve. Au lieu-dit la Barque (ou Le Pelloux), se trouvait un abattoir qui fonctionna jusqu’à la Deuxième guerre mondiale. Les carcasses étaient déversées dans la rivière dont l’eau était utilisée pour le nettoyage. Et les habitants buvaient cette eau ! Inutile de préciser que cette boisson était à l’origine de nombreuses maladies.

Ensuite, le rejet de déchets industriels toxiques a fortement contribué à la pollution des eaux. Le fait le plus marquant date de 1919 quand l’usine de Chedde déversa volontairement dans la rivière 5000 tonnes de cheddite, un explosif contenant du perchlorate, un perturbateur endocrinien.

Ces trois dernières décennies, notamment grâce au dispositif d’aides Arve Pure porté par le SM3A[i], des efforts importants ont été assurés pour améliorer la qualité de l’eau de l’Arve mais tout danger n’est pas écarté.

 

Le lit de l’Arve, un gisement de matériaux de construction

 

Le plein essor de la vallée au XXe siècle a vu l’apparition d’entreprises d’extraction de graviers pour la construction et les infrastructures routières. Dans les années 1940-50, trois sont présentes entre la Perrine et le chef-lieu de Contamine. Mais les conséquences sont alarmantes : des ballastières se sont créées le long de la rivière qui s’est enfoncée dans le secteur de Contamine en moyenne de 2 à 3 m empêchant sa divagation naturelle. Quand l’extraction  a été stoppée à la fin des années 1980, la nature a repris le dessus. Pour limiter l’enfoncement de l’Arve, des seuils de relèvement ont été mis en place. A Contamine, ils se trouvent au niveau de La Perrine et de Findrol. Un seuil est un ouvrage constitué d’enrochements placé dans le lit de la rivière perpendiculairement au sens de l’écoulement. Ce point dur atténue l’érosion du lit et donc limite l’enfoncement. En ralentissant les écoulements, il tempère aussi les effets de crues en aval.

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Le seuil de relèvement No 2 au niveau de La Perrine.

© D. Decrouez

 

 

 

 

L’érosion des berges

 

Le courant génère l’érosion des berges et leur stabilisation est nécessaire. Suite aux crues de 2015, une importante anse d’érosion s’est formée en rive droite au lieu-dit La Grivaz. Afin de protéger la protection des biens et des personnes tout en préservant l’écosystème et la morphologie du lit et des berges et en respectant les contraintes hydrauliques, une technique mixte a été adoptée par le SM3A. Celle-ci a associé des enrochements en pied de berge et l’implantation de végétaux ayant des aptitudes biologiques, physiologiques et physiques pour protéger les berges contre l’érosion.

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Restauration de la berge à La Grivaz, avril 2019.

© D. Decrouez

 

 

 

 

La crue centennale de l’Arve en novembre 2023

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La Barque, le bâtiment de l’ancien abattoir les pieds dans l’eau, 14 novembre 2023

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A travers les siècles, l’Arve a toujours été connue pour ses crues fréquentes et parfois importantes.

L’événement du 15 novembre 2023 qui restera dans les annales est dû à un concours de circonstances : d’importantes chutes de neige en altitude, suivies d’une remontée de l’isotherme 0°C avec de fortes pluies qui ont fait fondre le manteau neigeux, augmentant considérablement les écoulements d’eau.

Le débit a atteint 1230 m3/s à Arthaz-Pont-Notre-Dame (station hydrométrique de Reignier-Esery) et 1010 m3/s au Bout-du-Monde (Genève) soit respectivement 200 m3/s et 100 m3/s de plus qu’en 2015, date du précédent record depuis le début des mesures en 1935. Pour comparaison, le débit moyen mensuel mesuré à Arthaz-Pont-Notre-Dame sur 49 ans de 1961 à 2009 varie entre 40 m3/s et 126 m3/s. Les écoulements maximaux supérieurs à 100 m3/s se produisent durant la période de fonte des neiges en mai-juin-juillet. Les faibles écoulements aux alentours de 50 m3/s sont observables durant l’hiver.

Les dégâts, même s’ils sont importants dans certains endroits, restent anecdotiques par rapport à l’ampleur de l’événement. Ils sont dus aux travaux effectués par le SM3A ces dernières années et les mesures prises à Genève. Le barrage du Seujet, qui se situe sur le Rhône à sa sortie du lac, a été fermé au maximum pour laisser l’eau de l’Arve se déverser dans le Rhône. Mais celle-ci a quand même remonté le lit du fleuve de quelques mètres. Ce phénomène n’est pas inédit. En 1570, 1651, 1711, 1713 les archives nous racontent que les roues des moulins sur le Rhône tournaient à l’envers, les eaux de l’Arve refoulant dans ce dernier.

Danielle Decrouez

 

[i] « Le Syndicat Mixte d’Aménagement de l’Arve et de ses Affluents (SM3A) est une structure publique chargée de faciliter l’action des collectivités du bassin versant de l’Arve dans les domaines de la prévention des inondations, de la protection et de la restauration des milieux aquatiques et de la gestion équilibrée et durable de la ressource en eau. » https://riviere-arve.org/sm3a-syndicat-mixte-d-amenagement-de-l-arve-et-de-ses-affluents